Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 14:28

Résurrection au sens non biblique du terme


Tu marcheras sur l'eau réussit le pari de raconter une histoire qui concerne des individus singuliers, tout en abordant ce qu'on pourrait pompeusement appeler de grands thèmes universels (la vie, la mort, l'inconscient), mais aussi de grand thèmes spécifiques, en l'occurrence la relation à l'histoire récente qu'entretiennent Israëliens et Allemands. Cette tortueuse et souterraine connexion aux événements du 20ème siècle ne saurait en effet être sans retentissement sur la psyché de chacune des parties concernées, qui se dépatouillent tant bien que mal d'un passé familial déterminé à leur insu par l'Histoire avec un grand H.

Nous les verrons ainsi, par le biais des relations entre Eyal, israëlien et Axel, petit-fils de nazi, passer respectivement d'une forme de mort psychique à la vie, de l'ignorance au savoir.

 


Passé pas passé

Les premières scènes du film, comme Eytan Fox aime à le faire, expose explicitement la mort : Eyal, agent du Mossad droit dans ses bottes, exécute un baron du Hamas sous les yeux du fils de celui-ci avant de rentrer en Israël découvrir le cadavre de sa propre épouse, suicidée dans le lit conjugal. La première de ces deux morts est absolument abstraite, s'inscrivant pour lui dans le cadre par définition ultra distancié de son travail. La seconde le laisse apparemment aussi insensible, ce qui, bien entendu ne saurait être normal. La pathologie couve, comme le comprend bien son chef Menahem, lequel confie à Eyal une mission en apparence anodine eu égard à la situation de guerre civile que connaît le pays : il s'agit de retrouver la trace d'un ancien nazi disparu. Voilà donc Eyal en train de sympathiser à son corps défendant avec Axel et Pia, allemands séjournant en Israël et petits-enfants d'Himmelmann, ancien tortionnaire nazi. Et responsable d'un massacre dont seuls Menahem et sa mère ont réchappé....

Aux yeux d'Eyal, la mission qu'on lui confie est politiquement dépassée, combat d'une époque révolue. Les problèmes actuels d'Israël, ce sont les terroristes palestiniens, pas les croulants nazis qui survivent sous assistance respiratoire. Or, il n'en est rien, puisque ce passé-là, précisément, n'est pas passé. Il continue à ce titre d'agir par le biais de symptômes névrotiques : le traumatisme que constitue la Shoah, sa dimension nécessairement mortifère se manifeste ainsi dans la psychorigidité d'Eyal, dans son incapacité à exprimer et ressentir la souffrance. Figé dans l'attitude hyper-virile du sabra pionner et fondateur d'Israël (conçu comme antithèse absolue à la victime juive diasporique qui s'est laissée mener comme un mouton à la chambre à gaz), Eyal se prive et de sa part de féminité, et de sa propre histoire.

 


Mais cette fixation pathogène du passé non dépassé ne se trouve pas de son seul côté. Le séjour qu'effectue Eyal à Berlin témoigne d'une fossilisation de l'Allemagne, traversée de réminiscences d'une époque soit-disant disparue, les années 30. Les travelos rencontrés dans le métro ne font-ils pas écho aux cabarets du Berlin sous la république de Weimar, tout comme les skin-heads font écho aux nazis d'antan ? L'attitude éminemment compassée, voire figée, des invités et des parents d'Axel ne rappelle-t-elle pas les soirées de la bourgeoisie allemande de la même époque ? La répulsion antisémite de la mère d'Axel l'horreur irrationnelle des nazis pour les juifs ? Jusqu'à la maison de Wannsee où vit la famille Himmelmann, qui n'est autre que celle où fut décidée la solution finale...Ainsi, des deux côtés, ça ne passe pas, ce qui signifie que la maladie, et donc la pulsion de mort sont à l'oeuvre.


La boue de la mer morte

Orphelin, veuf, exerçant un métier qui consiste à tuer, Eyal est d'emblée placé sous le signe de la mort. Mort psychique et symbolique qu'il a intériorisée et qui va se trouver bouleversée par sa relation à Axel : par le jeune allemand, il s'ouvrir à lui-même et accéder à la culpabilité inconsciente qu'il réprime. Une des scènes inaugurales de cette conversion montre les deux hommes seuls sur une plage de la mer morte (ah ah), entièrement enduits de boue. La référence est double : référence au film de Griffith, Naissance d'une nation, retraçant la guerre de Sécession, film dans lequel les personnages noirs sont joués par des blancs grimés, référence aussi à la Genèse et à la création d'Adam, puisque la terre en hébreu se dit Adama. On retrouve dans cette double référence l'idée de mêler histoire nationale et histoire individuelle, de montrer que le présent ne peut exister réellement que par un retour à l'origine.


Berlin, Tel Aviv, Berlin

De fait, ce début de « conversion » fait également retour sur les événements qui ont fondé politiquement Israël, à savoir la Shoah. Eytan Fox montre les liens irrémédiables entre l'histoire des deux pays par les voyages effectués par le petit-fils du tortionnaire nazi vers Israël, par le fils de rescapés de la Shoah vers l'Allemagne. Il n'y a pas pour autant de symétrie entre la signification de ces trajets : Eyal aurait dû voir le jour en Allemagne, où ses parents vivaient, n'eut été la seconde guerre mondiale. Lorsqu'on le voit découvrir Berlin, (dernier endroit au monde où il pensait un jour mettre les pieds), il appartient de fait à la ville, à son insu. L'allemand que ses parents parlaient devant lui, il le parle et le comprend. Il est donc à Berlin chez lui, tandis qu'Axel n'est pas chez lui en Israël. Cette dissymétrie est bien entendu liée au fait qu'il y a un bourreau et une victime, deux positions par définition fondées sur l'inégalité.

 

Ce rapport intrinsèquement inégalitaire sera pourtant brisé par ce qu'Eyal apprend à Axel sur l'histoire de sa famille. Ainsi, chacun des deux hommes fait découvrir à l'autre la vérité qu'il porte en lui sans la connaître, tel Socrate accouchant l'esprit de son interlocuteur, lui faisant retrouver le savoir que son âme a contemplé avant de s'incarner. En apprenant que son grand-père est toujours vivant et que ses parents ont protégé sa fuite, Axel comprend ce qui a déterminé ses choix inconscients : homosexuel pour ne pas être comme papa ni comme grand-papa, il n'a en outre jamais couché avec un allemand, sans trop comprendre pourquoi. Tu m'étonnes.

 


Cet éveil à la vie et au savoir retrouvé se poursuit par le bais de trajets en voiture que font les deux hommes à Berlin et à Tel Aviv. La voiture, matrice close où chacun se confie à l'autre, permet à chacun des deux de sortir de soi. Eytan Fox, qui se sert beaucoup des chansons dans ses films, utilise ce moyen pour évoquer à Eyal l'idée de la féminité, réprimée par lui au même titre que les pleurs et la dépression : Axel n'écoute en effet que des chanteuses, trouvant qu'il manque sinon «toujours quelque chose »...

 

Mémoire vive

Et, tandis qu'Eyal en arrive à vivre sa culpabilité et sa nouvelle incapacité à donner la mort, c'est Axel, le doux baba cool homosexuel, qui va revendiquer et mettre en oeuvre la nécessité de tuer lorsque cela moralement s'impose. Après avoir ridiculisé sa famille en les faisant danser sur des musiques folkloriques juives, il tuera son grand-père. De même, il estime sans barguigner que les néo nazis ne méritent pas de vivre. Il ne s'agit pas tant d'une passion pour la mort que d'un choix à faire, qui engage les notions morales et politiques de bien et de mal.

Par delà l'évolution des personnages, c'est aussi la posture d'Israël qui est visée : un jeune arabe qu'a humilié gratuitement Eyal répond à ce dernier que son pays devrait considérer le présent, au lieu de se fixer dans une attitude paranoïaque d'éternelle victime des nazis. La commémoration institutionnelle, remâchée à l'envi, devient elle aussi morbide lorsqu'elle se substitue au parcours intérieur des sujets, comme celui qu'a vécu Eyal. La commémoration collective, c'est finalement le contraire de la véritable mémoire, qui ne peut être qu'individuelle, et ouvre vers la vie.

 



 

Par zarzuela - Publié dans : Analyses - Communauté : Club de cinéphilie élitiste
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 /11 /2009 15:32

Salut, les potos !

En différé de Bruxelles, où Médème s'offre une semaine cinéphilique arabe, et où tout se passe pour le mieux, hormis la ouateuse impression de ne plus savoir son nom au bout des cinq heures de projection quotidiennes...On est peu de choses.

 Alors, ici, il y a de tout, du court du long, des films de réalisateurs maghrébins vivant en Europe, de réalisateurs maghrébins vivant au Maghreb, de réalisateurs du Maschreck, et même un court du Bahrein. Voilà donc un rapide tour d'horizon, où, une fois n'est pas coutume, je vais céder aux tentantes sirènes du « j'aime, j'aime pas », donnant tout de même quelques petits arguments pour étayer : faut voir à pas abuser non plus.

Je précise avoir fait une sélection, me concentrant sur les films belges, maghrébins du Maghreb et orientaux. Oui, en clair, j'ai zappé les films français, que j'avais déjà vus il y a longtemps et n'aurais donc pas découvert ici. Voilà, c'est comme ça.

 

Côté courts, Liberté provisoire, de Naoufel Berraoui, Vierge mari, de Mohamed Bouhari, et Poupiya, de Samia Charkioui et Goulili de Sabrina Draoui ont attiré mon attention, comme on dit dans les lettres de motivéchieun bien tournées.


Le premier, Liberté provisoire, nous fait entrer chez les petites gens du Maroc, dont l'un sort de 20 ans de prison et va dans un bar à bière-putes fêter ça après avoir récupéré l'argent qui lui a valu un séjour au frais. Je ne veux pas trahir l'histoire, qui repose sur la scène finale, aussi me limiterai-je à dire que c'est un film très maîtrisé, qui malgré la tristesse du sujet (visible dès le titre) ne manque pas d'humour. L'acteur principal, qui est en réalité scénariste dans la vraie vie, s'en sort très bien. Son personnage en revanche, ne sort de prison que pour intégrer une autre geôle, la vie, dont il ne sortira que les pieds devant, ce qui n'est pas très chouette comme perspective.

 ((petit aparté post-synchro, Liberté provisoire a finalement remporté le premier prix de la catégorie des courts-métrages. Comme quoi, je m'étais pas gourée en le repérant. Une interview du réalisateur à suivre...))


Vierge mari,
dont le réalisateur marocain, Mohamed Bouhari, est en dernière année d'études à Bruxelles, montre une jeune fille belge d'origine maghrébine dans la salle d'attente d'un médecin, chaperonnée par sa soeur. On doit lui recoudre l'hymen, rapport à son proche mariage avec un homme dont on peut légitimement supposer qu'il attache grande importance à la virginité de la promise. Mariam pour sa part se passerait bien de l'opération. En quelques minutes passées chez le médecin, on voit se poser à la fois les bases du dilemme des jeunes filles issues de l'immigration et les bases du couple arabe traditionnel, lesquelles subsistent en Europe : les mensonges des femmes aux hommes (le fiancé croit qu'on opère Mariam des amygdales, hum hum....), la manipulation féminine (la tante Fatma, la frangine et Mariam, même combat pour berner le fiancé), les petites trahisons des hommes envers les femmes (dragué par une patiente qui sort après lui avoir jeté de langoureuses oeillades, le promis éprouve le soudain besoin d'aller fumer une cigarette dehors), l'absence de sentiment amoureux a priori dans le cadre conjugal, la nécessité de se marier pour ne pas avoir la honte d'être célibataire à 30 ans. Vierge mari n'a pourtant rien d'un pensum sociétal, grâce à l'intervention d'un élément très drôle en forme de cochon qui permet à la verve des personnages de s'exprimer. Une petite réserve sur la fin, qui laisse une impression d'inachevé. (Renseignement pris, une toute autre fin avait été prévue, qui a été changée en cours de route. Dommage, j'aimais mieux la première version.)

 


Poupiya
, dans un autre registre, traite aussi de la génération arabo-européenne, sujette aux troubles de la personnalité, voire à une forme de pathologie identitaire. Faisant penser à Répulsion de Polanski, l'héroïne, jeune femme d'origine marocaine vivant en France, est victime d'hallucinations qui toutes renvoient au Maroc et à l'arabité. Il y a donc une dimension fantastique qui indique l'opposition inconciliable entre deux modèles culturels qui ne peuvent susciter que déchirement chez celui qui se trouve entre les deux (elle travaille dans un labo médical, et sera « guérie » par une visite au marabout de son enfance, au Maroc.) Le personnage, scindé en deux, témoigne d'un inconscient culturel qui la hante, et fait retour sous une forme pathologique. Le deuil de sa mère morte et, d'une certaine façon, de son pays d'origine ne peut se faire pour elle qu'en retournant au pays réellement, et non pas en rêve. Le sujet est très finement analysé et filmé, donc j'aime, vraiment, beaucoup.

 


Goulili, dis-moi
, de Sabrina Draoui, film français se déroulant en Algérie, expose le dialogue tumultueux de deux amies que tout oppose : l'une, pratiquante, fait sa prière et porte foulard, l'autre vit sa vie (notamment sexuelle) comme elle l'entend, loin des contraintes sociales et religieuses. Elles représentent en réalité chacune une des deux faces possibles de la féminité dans le monde arabe, la fille sérieuse, c'est à dire vierge jusqu'au mariage et vouée au rôle d'épouse (ou de vieille fille si elle ne se marie pas), et la fille facile (pour ne pas dire la pute) qui fera une maîtresse parfaite pour homme marié. Comme celle-ci le dit à son amie, à toi les gosses et la popote, à moi les escapades en amoureux et le sexe. Voilà l'alternative qui s'offre aux jeunes filles arabes, deux rôles contradictoires grèvés d'emblée par un rapport au corps particulier lui même déterminé par le signifiant religieux. Le grand gagnant est l'homme, qui n'a pour sa part aucun choix à faire, bénéficiant et de la femme et de la maîtresse...

 

Parmi les courts que je n'ai pas su apprécier, et que l'amour inné que j'ai pour mes semblables me poussent à ne pas mentionner plus longtemps qu'il ne faut, disons qu'ils s'inscrivent dans deux veines qui m'emmerdent royalement : la Yo-Tarantino attitude du jeune arabo-belge qui fait du rap et du cinéma d'action, la chiantise didactique de films très lents, où persiste une sorte de logorrhée qui m'échappe, et où les acteurs, très mal dirigés, jouent avec leurs pieds. Bon ben je m'arrête là, c'est pas mal déjà, non, comme taillage de costard ?

 

Dans la catégorie « Les courts qu'on sait pas ranger où tellement qu'ils ressemblent à rien d'autre », Diverse, de Kadhim Saleh Faraj, réalisateur irakien, se révèle intéressant sur le plan formel, sorte de vidéo muette inspirée par le surréalisme et le cubisme. Ces références picturales sont certes poétiques, mais elles valent aussi en ce qu'elles montrent la solitude d'un artiste arabe immigré en Europe, ne trouvant refuge que dans l'art, qui paradoxalement le mure dans une claustration vertigineuse.

 

Toujours dans cette même catégorie des courts étranges, Le revenant, film marocain de Mohammed Aahd Ben Souda. Alors là les amis, on est dans le super-spécial ! Alternance de scènes de genres absolument, radicalement, hétérogènes (de la vidéo hyper-conceptuelle de danse contemporaine à un remake symbolique et délirant de Goldorak-Dark Vador, en passant par de parodiques scènes de débauche filmées comme les feux de l'amour), Le revenant laisse perplexe. Jusqu'à la fin, très drôle, qui ordonne et démystifie le tout. C'est très malin, mais le film aurait grandement gagné à être raccourci.

 

Et pour les longs-mètrages, nous avons :

 
Zay naharda,
de Amro Salama, qui je ne sais pourquoi, m'a fait penser à Ouvre les yeux d'Amenabar. May, jeune exécutive woman égyptienne, voit son mari mourir au bout de quelques semaines de vie conjugale, avant de rencontrer un acteur. Horreur, elle se rend compte que l'histoire se répète, et que, si elle se fie à ce qu'elle déduit, il risque lui aussi de trépasser...Du fantastique donc, du mektoub amoureux en forme de déjà-vu revisité par la modernité. Le jeu des acteurs est très oriental (avec un petit côté soap), normal, le réalisateur est égyptien. Pour la forme, il y a plus d'action que je ne l'eus cru, et un intéressant lien entre l'écrit (le mektoub, ce qui est écrit) et l'histoire : May se fie aux journaux intimes de son époux décédé et aux siens pour vérifier qu'effectivement l'histoire se répète, faite de cycles conclus par la mort. La question demeure : qui écrit le destin ??? Ou comment évacuer en apparence le divin pour mieux le montrer....

 


La longue nuit
, film syrien de Hatel Ami est de loin le film le plus pénible du festival, pénibilité due sans doute en partie à la traduction calamiteuse qui grève largement la compréhension. Par-delà ce problème technique, il faut bien avouer que le film, traitant des prisonniers d'opinion en Syrie, ne tient aucune de ses promesses. La censure syrienne a bien fait son boulot, c'est certain : voilà un film qui réussit l'exploit de ne rien dire sur le sujet, tout en prétendant le traiter. Ce n'est plus du contournement, c'est carrément de l'esquive ! C'est très long, très bavard, inutilement théâtral pour finalement ne rien dire du tout, si ce n'est que la famille d'un homme libéré se trouve toute chamboulée par l'événement. Je recommande sur le sujet un livre autrement passionnant, La coquille, témoignage de Mostafa Khalifé, ex-prisonnier des geôles syriennes, évidemment non publié dans son pays.

 

Laila's birthday, de Rashid Masharawi, décrit l'odyssée d'un palestinien de Ramallah. Ex-juge, reconverti en chauffeur de taxi pour nourrir sa famille, on assiste à ses aventures le temps d'une journée de travail. La réalité palestinienne est montrée avec un humour noir qui vaut à lui seul le déplacement. Le sens de l'auto-dérision n'étant pas la principale caractéristique des arabes, il est particulièrement intéressant de voir l'épuisement nerveux qui guette les Palestiniens, vivant dans une situation impossible montrée sous l'angle de l'absurde. Ramallah, fief d'Arafat et du Fatah, n'échappe ni aux drones israëliens qui bourdonnent constamment, ni à l'incurie des cadres de l'autorité palestinienne, inapte à la gestion du pays, trop occupée à des gueguerres internes et à changer tous les mois les rideaux du ministère. Cette situation d'impuissance, durement éprouvée par le héros, le conduit à péter les plombs. Mais là encore, c'est drôle. Finalement, il reste les enfants, et l'humour (noir) comme gages possibles qu'un jour les Palestiniens vivent enfin sereinement.

 


Tu te souviens d'Adil
, film elliptique s'il en est de Mohamed Zineddaine, déroute et intéresse à la fois (l'un déterminant l'autre). Adil, jeune marocain aspirant au départ pour l'Europe, parvient après plusieurs échecs à vivre à Bologne. Il s'y occupe de son frère handicapé, trafique de la drogue pour la mafia locale, laquelle est liée aux intégristes musulmans. La narration est comme susmentionnée entièrement fondée sur l'ellipse, ce qui génère une certaine incompréhension sur le moment. Les lieux et les moments sont montrés sans continuité, au cerveau du spectateur de retracer l'histoire pour expliquer les incohérences apparentes. Il s'agit là bien sûr d'un parti-pris du réalisateur, marocain, qui entend bien ne pas brosser le public dans le sens de la facilité. Et de fait, on y repense, à ce film étrange, qui ne délivre aucun message (et surtout pas comme l'ont cru certains, celui d'un avertissement sur la dureté de la vie en Europe pour les immigrés), mais qui est une véritable création artistique, c'est à dire un objet inhabituel, qui rend compte avant tout de la sensibilité de son auteur.

 

Battle, de Mohamed Ouachen, est un film lui aussi à l'image de son créateur, drôle, sympathique, hybridation réussie entre la belgitude et l'humour marocain, réflexion sur le fait de mener sa propre vie selon son désir, donnée en soi complexe, à fortiori pour les artistes, a fortiori bis pour les artistes d'origine arabe, soumis à des exigences familiales peu enclines à considérer l'expression de soi. De jeunes gens issus de l'immigration (mais je dirai que ce caractère est annexe) appartiennent à un groupe de danse hip-hop. Après avoir perdu une battle, proches de la trentaine, ils s'interrogent sur les choix qu'ils doivent faire et les renoncements que cela implique. Tout artiste a été confronté à ces questions, et c'est cela qui permet au film d'échapper au cadre vaguement déjà vu du portrait de la 2ème génération coincée entre deux cultures. Le réalisateur, né en Belgique, a lui-même fait son choix : il raconte n'avoir pas obtenu le soutien financier de la RTBF, qui trouvait le film trop gentil puisqu'il comporte ni père tyran familial ni jeune fille voilée. Vraisemblablement à forte teneur autobiographique, le film ne donne pas dans le cliché socio-cul, mais se fonde sur la réalité qu'a connue Mohamed Ouachen. Par-delà son humour et sa pêche, le film dit une chose essentielle : en art, on ne progresse qu'en se soumettant provisoirement à l'autre (ici, un prof de danse tyrannique), à un maître qui permet de sortir de soi, et que l'on quitte ensuite.

 


Basra
, de Ahmed Rashwan, se situe au Caire, en mars 2003, dans les semaines précédant la chute de Bagdad. Tarek est un joli trentenaire photographe, tout juste divorcé, et qui à l'instar du monde arabe tétanisé par l'invasion américaine de l'Irak, traverse une période difficile : amoureusement sur la brèche, il se cherche, comme on dit. Sa vie personnelle est liée à la situation géo-politique du moment, grande blessure narcissique faite au panarabisme. Les images jouent un grand rôle dans les conflits se déroulant dans le monde arabe, et ce n'est pas pour rien que Tarek et son amie sont photographes : les photos de Tarek n'ont pas valeur de souvenirs, (ses souvenirs sont des bouchons en liège où il inscrit la date d'un événement pour lui significatif), ni de témoignages (la télé est là pour ça), mais d'expression de soi. Elles sortent alors du registre de la propagande et accèdent à un statut particulier, un statut artistique. L'histoire et l'intime sont mêlées, et renvoient l'un à l'autre.

Un beau film, qui évoque discrètement les liens entre Occident et Orient via la bande-son, composée en grande partie de chansons françaises dites à texte, Reggiani, Brassens etc. Tarek a vécu en France, pays dont il garde la nostalgie. Dans ce registre, quelque chose m'a étonnée : tous les personnages, qui gravitent dans les sphères de la branchitude artistique cairote, vivent strictement à l'occidentale, c'est-à-dire sans leur famille.

 


Number one
, de Zakia Tahiri, est une chouette comédie marocaine sur la réforme du code de la famille, la moudawana. Aziz est un macho de la classe moyenne supérieure, directeur d'une usine de confection, qui méprise et martyrise ouvrières, épouse, et de façon générale tout ce qui ressemble à une femelle. Lasse d'être traitée comme une bonne à tout faire un peu demeurée, sa femme lui jette un sort qui le transforme...en féministe. A partir de cette trame assez convenue, la réalisatrice multiplie les traits d'humour qui font mouche, comme l'exige toute bonne comédie populaire qui respecte les termes du contrat. Une scène m'a particulièrement fait rire, où Aziz, pris d'hallucinations, inverse les rôles hommes-femmes : celles-ci traînent au café à boire des coups, rigoler grassement et mater tout ce qui passe tandis que de pauvres mâles défaits étendent le linge et marchent tête baissée dans la rue, quatre gosses à chaque bras et un bébé dans le dos. Seuls les comportements corporels indiquent l'inversion des genres, ce qui est une bonne idée.

Il paraît que le film a été mal reçu au Maroc, au prétexte que ce serait un téléfilm et non un film de cinéma. Je me suis alors posée la question de savoir si cette critique ne vaudrait pas finalement pour le genre même de la comédie populaire : ne pourrait-on pas en dire autant des films d'Audiard, par exemple ?

 

 

 

Par zarzuela - Publié dans : Considérations d'ordre cinéphilique - Communauté : Club de cinéphilie élitiste
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 11:28
Dénégation

 

Si l'on se fie aux propos de Michael Haneke, son dernier film ne traite pas spécifiquement de la genèse du totalitarisme nazi. Et le cinéaste de préciser dans une interview accordée à l'Express qu' «on pourrait imaginer un film équivalent aujourd’hui dans un pays musulman tenté par le fanatisme. Comprendre par quel mécanisme une idée, bonne a priori, devient une idéologie qui exclut tout le reste et devient menaçante. » Oui je sais, le « bonne a priori » fait un chouia tiquer, s'agissant du corpus auquel s'adossent le nazisme et l'islamisme, qui se fondent sur l'inégalité auto-proclamée et la domination d'une race sur une autre, d'un sexe sur un autre, et sur la négation absolue de l'individu-sujet. Sachant que le nazisme est historiquement une spécificité austro-germanique, sachant aussi que Haneke est autrichien, faut-il considérer cette expression malheureuse comme une simple maladresse ?



Par ailleurs, que penser de l'incipit du film, indiquant en lettres gothiques qu'il y est question d' « une histoire allemande d'enfants » (et non d'une histoire d'enfants allemands comme on pourrait s'y attendre) ? Que penser encore du choix d'Haneke de ne pas faire traduire cette introduction, au prétexte que la compréhension devait en être réservée aux seuls germanophones ? Etrange précaution en vérité, qui me pousse un peu plus loin sur la voie du soupçon : oui, Haneke fait en l'occurrence preuve d'ambiguïté.

 

Les intellectuels et artistes allemands d'un certain âge, les autrichiens qui ont vu naître Hitler sont tenaillés par une même obsession de repentance, cultivée avec le sérieux, le zèle, et la rigidité qui caractérisent leur Volksgeist (comme chacun sait peu porté au youplaboum) : pourquoi le nazisme, pourquoi précisément chez eux ? Haneke, qui prétend déroger à cette tradition nationale, laisse néanmoins traîner de gros indices prouvant qu'il s'y inscrit. Pourquoi alors se donner la peine de le masquer ? On peut y voir le désir de se démarquer de ses collègues. On peut aussi penser qu'un motif plus complexe entre ici en jeu, que nous tenterons de circonscrire de nos petits doigts de fée.

 

Ruban blanc et pédagogie noire

Le film est avant tout une merveille visuelle en noir et blanc, une série souverainement enchaînée de tableaux de Hammerschoi. La filiation formelle est évidente et extrêmement efficace. S'aider d'oeuvres qui ont su en capter l'essence visuelle de leur temps permet d'éviter le piège de la reconstitution historique fondée sur l'accumulation d'accessoires d'époque.

Ces images magnifiques, magistrales, mettent en scène les thèses de la psychologue suisse Alice Miller, laquelle a notamment créé le concept de « pédagogie noire ». La dite pédagogie désigne l'éducation allemande (européenne ?) du 19ème siècle fondée sur les châtiments corporels, éducation répressive et rigide frappant d'interdit tout expression d'affectivité et de spontanéité envers et chez les petizenfans. Un dressage à la schlague qui aurait ainsi produit un Hitler, un Staline et tout un tas de petits persécuteurs en puissance, surdéterminés par leur condition d'anciens enfants battus.


Il se trouve que les thèses un peu simplistes (pour ne pas dire simplettes) et surtout très répétitives de mme Miller plaisent énormément aux allemands. Ce n'est pas un hasard. Elles leur offrent trois avantages, proposant à la fois une explication pas trop compliquée à leur abjection passée, le remède-miracle pour ne plus jamais y succomber (surtout ne pas coller de fessée à son mioche, sous peine de le transformer en psychotique sanguinaire), et une forme implicite de dédouanement. Car, si les allemands et les autrichiens ont adhéré avec tant d'enthousiasme au nazisme, voyez-vous, ce n'était pas vraiment de leur faute : c'était de celle de leurs parents, eux-mêmes victimes d'une éducation mal conçue. La question de l'origine de ce sadisme éducatif, mme Miller en revanche ne la pose pas. C'est pourtant celle qu'il faudrait évoquer, si tant est que l'on prétende vraiment réfléchir.
L'éducation et le système scolaire allemands actuels découlent directement de cette idéologie d'après-guerre, déterminée par la hantise d'un retour possible du nazisme. Trouver les causes du mal et les traiter à la racine, voilà qui devrait éviter toute rechute, pensent les allemands. Puisque le ventre-toujours-fécond-de-la-bête s'est censément nourri aux mamelles de l'autorité, de l'interdiction et de la punition, il suffirait en toute logique d'éradiquer ces dernières pour que règnent la paix et la concorde, pour que disparaissent à jamais tous les psychotiques de l'univers entier et tous les tortionnaires. Praktish, nein ?

 

((interlude caustique

Allez, remercions tout de même la dame psychologue : grâce à elle, nous n'avons pas de second Hitler, mais des générations d'enfants allemands dénazifiés, avachis et tronches à claques.))


C'est la fête au village.

Bref, venons-en au film, qui se fonde très exactement sur la sus-décrite idéologie.

Nous sommes en 1917, dans un village de Prusse. L'église luthérienne et le seigneur local déterminent absolument la vie des habitants, asservis à un système quasi-féodal. Les saisons passent, de la neige aux moissons, les paysans suent sang et eau dans des champs qui ne leur appartiennent pas. Une série d'incidents étranges se produit, dont il faut vite admettre qu'ils ne peuvent être dus qu'à la malveillance : le docteur tombe de cheval à cause d'un câble tendu devant chez lui, un enfant est retrouvé battu, un bébé est retrouvé la fenêtre ouverte en plein hiver, etc. L'histoire est dite en voix off par un l'ancien l'instituteur du village, vieil homme qui prévient d'emblée le spectateur des failles de sa mémoire, des lacunes que présente l'histoire qu'il va raconter. Y aurait-il dans ce préambule, plutôt que de la sénilité, une part de résistance à se remémorer le passé ?


Haneke explore l'intérieur de chaque famille-clé du village, du pauvre paysan au régisseur du château, en passant par le docteur, le baron lui-même et le pasteur. Tous les échelons des dominants et des dominés, de la hiérarchie qui structure la société du lieu sont scrutés. La violence vient des dominants et se répercute à l'intérieur des familles : le paysan économiquement soumis à son seigneur perdra sans broncher sa femme dans un accident qui aurait pu être évité. En revanche, il tartera violemment son fils qui, inexplicablement doué d'un embryon de conscience de classe, a vengé la mort de sa mère par le saccage du potager seigneurial.

 

Pré-lutte des classes

Coexistent donc au village une violence économico-sociale fondée sur la propriété foncière agricole (le baron possède les terres et s'enrichit en exploitant la force de travail des journaliers) et une violence intra-familiale qui en est un des effets collatéraux. La violence des pauvres semble en effet être due en grande partie aux conditions matérielles de dépendance qui les lie au baron. Chez les dominants au contraire, la violence est première, directement initiée par eux : le pasteur, particulièrement terrifiant, dresse ses gosses à coups de fouets, de confessions forcées, de sermons culpabilisants et d'humiliations. L'homme, paranoïaque, entend contrôler par la terreur la vie intérieure et les pulsions de ses enfants qui n'ont alors d'autres possibilités que de devenir pervers. Le personnage de sa fille Klara est à ce titre exemplaire, qui dès qu'elle apparaît à l'écran suscite un grand malaise, malgré (ou à cause de) son apparente politesse formelle.

 


On le voit, le propos est d'inspiration marxiste, placé sous les auspices du matérialisme historique : ce sont bien les reliquats du système féodal (qui ne sont jamais que l'expression des rapports de classe pré-capitalistes) et la religion (le personnage du pasteur) qui entraînent la violence dont les enfants sont victimes et en fait à leur tour des bourreaux. Le mal serait donc lié à une façon perverse d'éduquer ses enfants, éducation elle-même déterminée par les rapports de classe, par l'opposition économique entre dominants et dominés, et par les fumigations aliénantes de l'opium luthérien. Soit.

 

Et pré-cause des femmes
Au village, les rapports de domination s'exercent aussi entre les sexes (je refuse catégoriquement le terme idéologique de genre, qui me pompe l'air en grand) : les hommes, pulsionnels et tout puissants, sont incestueux et pervers, les femmes sont soit des proies du désir masculin susceptibles d'être violées à tout moment, soit des bobonnes effacées subissant le joug de l'époux. Le seul personnage échappant à ce destin est la sage-femme, qui le paie au prix fort : complètement avilie par son amant, elle est en outre mère célibataire d'un enfant handicapé mental. Elle disparaîtra du village sans aucune explication. Ce que décrit Haneke est sans le moindre doute une réalité avérée : la paysannerie européenne d'avant-guerre était effectivement très « proche de la nature » comme on dit, donc de la pulsion ; le sort des femmes et des enfants, bêtes de labeur menacées par l'inceste et le viol n'avait rien de ce cliché glamoureusement écolo qu'aiment tant à évoquer certains. Et certains coins de la campagne française d'aujourd'hui n'ont malheureusement pas grand-chose à envier à ce tableau en termes d'incestes et de maltraitance.

 

La force d'Haneke est de traduire cette violence omniprésente en ne la montrant pas : il use du hors champ, du détail. Un tressaillement de la fille du docteur lorsque celui-ci lui demande son âge et lui dit qu'elle ressemble à sa mère décédée laisse entrevoir l'inceste. La résistance inattendue de la fiancée de l'instituteur lorsqu'il veut l'emmener pique-niquer indique la peur du viol. Nous entendons les cris des enfants du pasteur, fouettés, tandis qu'un long plan fixe montre une porte close.

 


L'énigme du mal
Pourtant, il ne faut pas l'oublier, il est question du mal, et du mal perpétré par des enfants. Le mal est-il vraiment réductible à une analyse marxisante des rapports sociaux, n'est-il que la conséquence logique de la domination économique ou sexuelle ? Est-il le simple effet d'une « pédagogie » maltraitante (dont on pourrait d'ailleurs se demander à quelle souterraine source elle s'abreuve) ? Les enfants sont-ils par essence des victimes ? Anna, fille du docteur, pour consoler son frère, lui propose doucement de « découper des insectes vivants, comme hier ». Précisons qu'elle est par ailleurs extrêmement gentille, qu'elle est élevée sans violence par la sage-femme, que son père n'a pas encore abusé d'elle. Ciel, y aurait-il donc un sadisme infantile irréductible à toute cause extérieure ? Se pourrait-il que des enfants a priori sains d'esprit se plaisent à arracher les ailes des mouches ?


Voilà précisément ce qui me gêne, et chez Alice Miller et chez Haneke qui centre son propos sur la pédagogie noire : la dénégation d'une réalité pourtant visible, qui est celle de l'ambivalence et du pulsionnel infantiles. L'innocence de l'enfant est le cheval de bataille de dame Miller, qui a d'ailleurs rompu avec la psychanalyse qui, la vilaine, postulait l'inverse et osait en outre parler de fantasmes infantiles de séduction. Entendons-nous bien : il ne s'agit en aucun cas de nier la vulnérabilité intrinsèque des enfants, ni les violences réelles que subissent ceux qui sont effectivement battus, violés, mal-aimés, etc. Mais ils n'ont rien de paradigmatique. Ils ne représentent pas tous les enfants qui ne sont pas tous victimes de maltraitance. En revanche, tous les enfants éprouvent à un moment ou à un autre la haine, le désir de frapper, de mutiler, de faire du mal, et ceci de façon endogène.


Réduire l'enfance à un âge d'or de l'innocence est une conception éminemment chrétienne, option dame catéchiste cuculaprale (oui, le pléonasme ne m'effraie pas). Vouloir trouver une cause extérieure au sadisme infantile, vouloir montrer les supposés germes du nazisme et exonérer ainsi, d'une certaine façon, les fautifs de leur responsabilité, c'est nier la complexité de l'être humain et circonscrire l'énigme absolue du mal dans de toutes petites limites. 
Freud aussi était autrichien et ses livres furent parmi les premiers brûlés par les nazis. Haneke dans le ruban blanc laisse complètement de côté les théories du maître viennois, pourtant plus à même de sonder les tréfonds de la psyché infantile, en privilégiant une approche marxiste. Ce choix se défend. Il n'en reste pas moins qu'il est révélateur. Sa réticence ambiguë à admettre avoir fait un film sur les origines du nazisme, sa démonstration centrée sur la pédagogie noire, l'absence volontaire de toute allusion aux juifs (pour un film qui annonce d'emblée « cette histoire explique ce qui suivra quelques années plus tard », il faut quand même le faire !) témoignent surtout d'une forme de résistance pour ne pas se confronter au passé proche de la culture dont il provient. Il faut bien avouer que la mission, en l'occurrence, est tout à fait impossible.

 

Par zarzuela - Publié dans : Analyses - Communauté : Cinéma
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