Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /2008 22:09

New wave

Les chansons d'amour, de Christophe Honoré, se déroule à Paris. Et Paris offre bien des charmes : parmi ceux-ci, un certain type d’habitants que nous nommerons le cinéphile nouvelle vague, pour le distinguer du simple cinéphile, qui bien qu’aficionado cultivé du 7ème art, est tout de même un peu court.



Le cinéphile nouvelle vague se forme essentiellement dans les classes préparatoires littéraires de certains établissements de la rive gauche. Plus tard, il fréquente l’Ecole normale supérieure et/ou la Sorbonne, où il obtient des diplômes en philosophie. Pour quelque raison que j’ignore, il semble en effet préférer cette discipline à toute autre.

Cette typologie se fonde sur des observations strictement empiriques, puisque, chanceuse que je fus, j’eus l’occasion de croiser quelques-uns de ces spécimen, et non des moindres. Certains m’ont bien fait rire, par exemple Serge B., qui, comme dirait mon cousin d’Agen, pour la counaïre n’était pas le dernier (et il doit toujours ne pas l’être), et qui à ce titre savait avec un art consommé provoquer l’hilarité de ses semblables par sa capacité à se foutre de tout et surtout des autres.

D’autres au contraire ne prêtaient pas franchement à la rigolade, cuistres qu’ils étaient. Chiants, chiants et chiants : je tairai donc leurs noms par charité chrétienne et aussi et surtout pour ne pas m’en prendre une (le manque de courage physique est un de mes défauts). D’autres enfin étaient mezzo mezzo, mi-chiants mi-rigolo. Tous en tout cas avaient un point commun : nés au début des seventies, ils se croyaient encore dans les années 60. C’était très curieux à observer, ces jeunes gens dont toute l’énergie se passait à tenter de faire revivre ce qui était mort depuis si longtemps déjà, avant même leur naissance. On ne réanime pas un cadavre, aussi beau et désirable et excitant fut-il En même temps n’est il pas vrai que le propre du cinéma est de ressusciter les morts, autant de fois qu’on le veut, et toujours de la même façon ?



Le problème en l’occurrence, c’est que ce miracle de la vie après la mort ne se produisait pas sur pellicule, mais dans la salle, ou derrière la caméra. C’est dans leur vie que ces jeunes gens si intelligents essayaient de réanimer le cadavre. Et les garçons avaient des coupes de cheveux comme Jean Pierre Léaud, et les filles péroraient bas-bleu comme dans Rohmer, et tous essayaient de remettre en scène et en selle la bagarre des cahiers et de positif. Bref rien ne manquait de la geste nécro-cinéphilique.

Alors évidemment, quand il fallait faire des films (c’était quand même le but), ça ne donnait rien, à part un pathétique décalque de ce qui était novateur 30 ans auparavant. C’était triste, cette belle passion vouée à la stérilité, tout ça à cause d’une ignorance totale de sa propre nostalgie. Et encore, peut-on vraiment parler de nostalgie pour désigner le regret de quelque chose que l’on a pas connu soi-même ? Fétichisme semblerait un terme plus approprié. Bref, j’en étais venue à penser qu’il fallait me faire une raison, et que la Nouvelle vague resterait en l’état, embaumée, morte et sans engendrement possible.



Et puis, et puis. Christophe Honoré est arrivé, et a rompu le maléfice. Et, plus fort que tout, il a su rompre le maléfice en y intégrant le fétichisme, sous formes de citations et références directement prélevées sur le cadavre. Je ne saurais évaluer le sens de cette donnée, mais toujours est il que « les chansons d’amour » parlent de la mort d’une jeune fille en pleine santé, et de la façon dont ses proches tentent de reprendre vie. Les chansons, qui sont donc des chansons d’amour expriment tout ce qu’ils ne peuvent pas dire. La mort d’une jeune fille, celle de la Nouvelle vague, et Paris, qui a changé, et puis finalement non, c’est le même, mais 30 plus tard. Faire le deuil, comme on dit dans les magazines de meufs, c’est ça : en marchant, en chantant, en tentant l’aventure. Et en faisant des films beaux, légers et graves, qui s’éprouvent du fond des tripes et du cœur, sans commentaires.

Par zarzuela - Publié dans : Analyses
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