Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 18:55

Allez ma fille, va danser et lâche-nous la grappe.


J’aime beaucoup Christophe Honoré. Les films que j’ai vus de lui, qui certes s’inscrivent dans un registre catalogué (le film parisien post nouvelle vague rive gauche), mais qui faisaient montre d’une fraîcheur rare précisément dans ce filon dégorgeant de vieilles lunes. Le personnage lui-même, qui en interview se révèle d’une lumineuse finesse. Autant dire que j’ai galopé dare-dare au cinoche du coin voir son dernier opus. Ahlala, quelle déception, mes amis !

 



Pourquoi la Bretagne ?

Le stéréotype absolu du film parisien post-nouvelle vague rive gauche, bavard, autocentré, chichiteux, plein de vide, je m'arrête là car cela me fatigue. La force d’Honoré consiste habituellement en ce qu’il renouvelle un genre vaguement défraîchi, tout en en acceptant l’héritage, comme il l'a fait dans Les chansons d’amour. Selon toute apparence, il y a cette fois échoué. La lignée est pourtant claire et assumée, du so french film de réunion de famille aux réminiscences nouvelle vague en passant par Desplechins et son conte de Noël.

Mais la touche Honoré (celle qui redonne éclat et brillance) ne prend jamais, réduite à des dialogues hyper écrits qui sonnent creux (j’excepte le texte du personnage de Gulwenn, réjouissant) et à un tour de passe-passe complètement artificiel : il intercale à mi-film une longue scène en costume folklorique issue d’une légende bretonne, l’histoire de Katell, qui voulait ne renoncer à rien, ni à la danse ni au mariage, et qui finit emportée par le diable.

La scène est chiante, mais pas totalement inintéressante : elle montre bien à quel point la Bretagne et les bretons sont irrémédiablement sinistres. Même quand ils dansent, mon dieu, cet air constipé. Pour que tu mesures pleinement l'abîme dans lequel je chus, je te fais part, lecteur, de l’autre puissante réflexion qu’a suscitée en moi cette riante saynète en costume d'époque : « ah tiens, ils ont fait appel à des groupes de danses folkloriques diguedondaine digue dondon ; mmmpff, c’est vrai, doit y en avoir un max là-bas. » Quand le cervelet se montre aussi peu performant dans une salle obscure, c'est inquiétant.

 



Léna Léna Léna Léna je, Léna je je je

Alors, pourquoi ce sentiment d’ennui profond, cette hébétude cérébrale face à l’écran ? Le film est centré sur le personnage de Léna, qui a plaqué mari, boulot d’anesthésiste et santé mentale pour vivre sa vraie de femme et de mère avec ses deux marmots.

Léna va donc passer ses vacances dans la grande maison familiale et bretonne avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, et heureusement qu’elle a pas de marteau, Léna, parce que sinon, les copains, je vous jure que ça finirait sanglant, le film. C’est vrai quoi, elle en a marre que tout le monde la juge, merde à la fin. Par exemple, il est insupportable qu’on ose lui demander de quoi elle va vivre. Qu’on lui procure un job de libraire. Que son ex vienne voir ses gosses. Que son frère fasse des blagues de cul. Que sa mère fasse des endives braisées. Etc etc. Comme on voit la famille est odieuse, odieuse, odieuse. La famille est immonde, abjecte, parce qu’elle vise à enfermer une femme « que tout entrave » (j’ignore par quel miracle les critiques se sont tous mis à user en chœur de cette expression pour évoquer le film, laquelle fleure bon son dossier de presse, bref glissons...) dans une soumission conformiste. Alors qu’elle, Léna n’est qu’absolu, liberté, et authenticité sans concessions. Hum hum, tu vises un peu le genre, mon ami ?

 



Et le sourire de la crémière...

Les personnages d’emmerdeuse sont souvent bien sympathiques, à l’écran du moins : elles ont beaucoup d’esprit, et leur hystérie est un bon moteur narratif. Mon irritation vient sans doute de la torsion que fait subir le réalisateur à son histoire, torsion dont je ne parviens pas à démêler si elle vient de sa propre ambigüité ou de l’aveuglement un peu simplet des critiques qui projettent sur le film (ahah) leurs propres fantasmes : Léna est avant tout une enfant gâtée à la ramasse, et on nous la présente comme une sainte et martyre crucifiée sur l’autel de la perfide tyrannie familiale. Rien ne l’oblige après tout à se farcir papa maman et le reste si ça la perturbe. Me vient alors à l’esprit une remarque que je m’étais faite sur Christophe Honoré, brillant et séducteur, charmant garçon qui veut le beurre, l’argent du beurre et le reste : homosexuel ET père, aimant les hommes ET les femmes, faisant des livres ET des films Et bien d'autres choses encore, beau ET intelligent ET branché, bref, dans une forme de toute-puissance qui lui réussit plutôt.

Son dernier film, sorte d’autoportrait en femme (et en mère défaillante…), témoigne, peut-être, de cette tension impossible qu’il y a à ne vouloir renoncer à rien. Le personnage joué par Louis Garrel le dit d’ailleurs : ce qui fait une existence, c’est ce à quoi on renonce. Léna ne veut rien lâcher et finit seule, enfermée dans son tout petit nombril. Et nous pendant ce temps, on se dit que les problèmes de petite bourgeoise névrosée, ça reste tout de même bas de l’évier quand c'est traité sans la moindre distance.

 


Par zarzuela - Publié dans : Analyses - Communauté : Club de cinéphilie élitiste
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Commentaires

AAAAAAAAAh le CINEMA .....je vais vous sembler inculte et ignarde... je vis sur une île où il n'y a pas de cinéma. J'y vais lorsque je me rends en France (2 fois en sept ans, mais je compte améliorer ma statistique...
félicitation Maaaaaaadame pour la popularité du groupe!
amitié christine
Commentaire n°1 posté par christine Machureau le 14/09/2009 à 21h37
Bonjour Christine ! Ah oui, ça doit être difficile, une île sans cinéma....Serait-ce à dire que vous téléchargeriez des films sur l'interné, comme ça, hop, en toute illégalité ???? Je rigole : j'imagine que vous avez bien d'autres compensations, sur votre île du Sud....
Réponse de zarzuela le 18/09/2009 à 11h23
Meme si je n'ai pas vu ce film, je crois comprendre votre déception. Je suis, à la base, un fan de ce réalisateur. J'avais trouvé "17 fois"... pas mal pour un premier film. Certes ce n'etait pas un "grand film", mais je voyais déjà en lui, un réalisateur à surveillé par la suite. Ensuite il y eu "Ma mère"... comme bon nombre d'entre vous je suppose, on pouvait se demander comment il allait réussir à retranscrire ce livre incroyable de G. Bataille... et le résultat etait au-delà de mes espérances. Il avait réussi à en faire quelques choses de radicalement différent tout en préservant l'aspect malsain, plombant de l'histoire. A ce moment là je devenais fan de C.H. Puis "Dans Paris"... avec celui là on découvrait l'amoureux des films de Truffaut, ce qui n'etait pas pour me deplaire. Dieux que j'ai aimé ce film. Léger, inventif avec des acteurs parfait (Duris, Garrel et surtout Guy Marchand). Un film à la française, certes (avec tout les tics qui vont avec... bavard, intellectuel ect...) mais aussi et surtout une vraie comedie, comme seul les Anglais ou les Américains savent les faires. C'est à dire que pour moi il avait réussi le mélange parfait... mélange que l'on avait pas vu depuis... Truffaut justement. Et puis est arrivé "Les chansons d'amour"... quel film! Meme si je préfère "Dans Paris" celui-là il faut bien l'admettre est une synthese parfaite de ses précédents films. Il osait le ton léger pour le propos grave et vice-versa, il osait la comédie musicale, les acteurs etaient bons... bref... un bijou! Personnelement je lui reprochait juste d'avoir effleurer un sujet rarement développé... les moeurs amoureux et sexuels de la jeunesse d'aujourd'hui... mais bon ce n'etait pas bien grave finalement... un grand moment de cinéma. Et puis est arrivé "la belle personne"... et là déception... grosse déception. Je n'y ai pas cru une seule seconde... Rien ne m'a plus dans celui-là, RIEN!. Alors voilà, il y a ce film qui sort et j'ai peur de ne pas l'aimer. Peur de voir un cineaste qui s'auto-parodie, peur de voir des actrices auquel on ne croit pas... Bon voilà mon point de vue sur Mr Honoré. MAis malgres tout le mal que je peux penser de son travail actuellement, je préfère me souvenir des films précédents, qui je ne l'oublie pas, mon ravis et passionné. Alors j'espere qu'il reviendra, sait-on jamais, à tutoyer la beauté d'alors, et nous faire oublier que les réalisateurs Français ne savent pas faire des comédies droles, intelligentes et profondes comme seul Truffaut savaient les faires. Bien à vous M'dame
Commentaire n°2 posté par sebastien le 15/09/2009 à 20h24
Olà, mister Seb ! Tu me vouvoies maintenant ??? C'est le vouvoiement bloguesque ??? Oui, tu as utilisé pile-poil le mot juste, celui d'auto-parodie, qui vaut d'ailleurs pour les acteurs aussi bien que pour le réalisateur : Chiara nous fait du Chiara (genre je lève super bien mon sourcil gauche), Louis Garrel, ben, du Louis Garrel (chuis trop cool avec ma mèche), Marina Fois la soeur chiante etc. Je n'ai pas vu la belle personne, mais à ce qu'on m'avait dit, effectivement, c'était très pénible. Mais je pense que ceci n'a aucune importance pour Christophe Honoré : il a intégré la catégorie auteur chez télérama, libé le monde les inrocks, il peut dormir sur ses deux oreilles jusqu'à ce que mort s'ensuive. Quoi qu'il fasse, la presse sera bonne...Bisettes !
Réponse de zarzuela le 18/09/2009 à 11h31

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